Le parking
Un soir de novembre 2025. Parking du dépôt logistique, zone industrielle de Villeneuve-Saint-Georges. 17h10. Il fait 4°C. Le ciel est gris depuis septembre et il ne changera pas de couleur avant mars.
Gérard sort du bâtiment en boitant du pied gauche. Pas une boiterie dramatique. Une boiterie qu'il a appris à minimiser au fil des mois. Un pas normal à droite, un pas raccourci à gauche. Juste assez discret pour que personne ne pose de question. Juste assez visible pour que tout le monde ait compris.
Il arrive à sa Clio grise. Il ouvre la portière. Il s'assoit. Et il reste là. Il ne démarre pas. Il ne met pas la radio. Il attend. 5 minutes, parfois 8. Jusqu'à ce que la brûlure sous son talon gauche redescende assez pour qu'il puisse appuyer sur l'embrayage sans grimacer.
En été, le rituel durait 3 minutes. En novembre, il en faut 8. Le froid change tout. Le béton du dépôt passe à 8°C. Les chaussures de sécu deviennent des blocs rigides. Et la douleur qui dormait depuis le printemps se réveille d'un coup, comme chaque année, au premier matin froid.
Ce rituel du parking, personne ne le connaît. Pas ses collègues, il est le dernier à quitter le parking. Pas sa femme, il arrive après les 8 minutes, la douleur a baissé, il marche presque normalement. Pas son médecin, à qui il a arrêté d'en parler.
Il ne répond pas. Il pose ses chaussures de sécu dans l'entrée et va s'asseoir dans le canapé. Chaussettes enlevées, pieds sur la table basse, coussin chauffant micro-ondes sur le talon gauche. 30 minutes sans bouger.
Gérard est cariste depuis 30 ans. 9 heures par jour sur du béton industriel. Chariot élévateur, palettes, allers-retours entre le quai et les racks. En chaussures de sécurité à coque rigide. Des chaussures conçues pour protéger les orteils d'une palette de 300 kg, pas pour amortir 18 000 pas par jour sur un sol glacé.
"C'est courant à votre âge."
Décembre 2024. Cabinet du Dr Benmoussa, Maison de Santé de Villeneuve-Saint-Georges. Gérard est assis sur la table d'examen. Papier bleu. Il a retiré sa chaussette gauche. Son talon est normal visuellement. Pas de rougeur, pas de gonflement. C'est ce qui rend le truc vicieux : la douleur est totalement invisible.
Le Dr Benmoussa palpe. Gérard grimace quand le pouce appuie sous le talon, côté interne. Diagnostic : aponévrosite plantaire. Inflammation du fascia, cette bande de tissu fibreux qui court sous le pied comme un câble.
Le mot que Gérard retient en sortant du cabinet, ce n'est pas "aponévrosite." C'est "courant." Comme si être courant rendait la douleur moins réelle. Comme si des millions de gens qui souffrent rendaient sa souffrance à lui moins importante.
Ce que le médecin ne lui dit pas : les consultations pour fasciite plantaire augmentent de 40 à 60% entre novembre et février. La majorité des arrêts de travail liés aux pieds surviennent dans cette fenêtre. La fasciite plantaire n'est pas une maladie constante. C'est une maladie saisonnière qui dort 6 mois et détruit 6 mois.
350€ pour rien
Janvier 2025. Cabinet de podologie. Gérard fait mouler ses pieds. Résine, empreintes, analyse de la marche. Résultat : une paire de semelles orthopédiques sur mesure. 175€. Pour ses chaussures de sécu, une deuxième paire adaptée. 175€ de plus. Total : 350€.
Le podologue l'a vu en janvier. En plein hiver. Mais les semelles ont été moulées en cabinet, à 22°C, pieds nus sur un tapis. Pas à 6h du matin, pieds glacés, sur du béton à 8°C dans des chaussures rigides comme des boîtes en acier.
Gérard les porte 3 mois. De janvier à mars. La douleur passe de "lame" à "brûlure." Toujours là. Moins aiguë. Mais toujours là. Il finit toujours ses journées en boitant.
Puis le printemps arrive. La douleur diminue. Comme chaque année. Et Gérard fait l'erreur que font tous les gens avec une fasciite plantaire : il pense que les semelles du podologue commencent à marcher. Ce n'est pas les semelles. C'est le printemps.
Les semelles du podologue finissent dans le placard de l'entrée. À côté d'une genouillère et d'un tube de Voltarène à moitié vide. Le musée des trucs qui n'ont pas marché.
La vie qui rétrécit
Octobre 2025. Les premiers matins froids. Les chaussettes épaisses au lit. Le béton du dépôt qui refroidit jour après jour. La lame qui revient, comme un vieux locataire qui retrouve son appartement.
Le barbecue annuel avec les voisins, annulé. "Pas le temps cette année." Vraie raison : l'idée de rester debout 2 heures un jour de repos lui donne envie de pleurer.
Julien, son fils de 32 ans, propose une rando un dimanche. Gérard décline. "J'ai un truc à faire." Dans la voiture en repartant, Julien dit à sa compagne : "Mon père vieillit." Gérard a 58 ans. Il n'est pas vieux. Ses pieds le sont.
Le contremaître le convoque. Gérard ralentit après 14h. On lui propose de "basculer sur du tri" l'après-midi. Un poste assis. Gérard comprend : c'est le début de la fin.
Un soir dans le canapé, il sort la calculette de son téléphone. 6 ans avant la retraite. 6 ans × 230 jours × 9 heures debout. 12 420 heures de béton encore à encaisser. Dont 6 hivers.
Et l'hiver précédent lui a montré ce que les hivers vont donner : le 15 janvier 2025, son talon l'a lâché sur le quai. Douleur 9/10. Arrêt maladie, 3 semaines. Retour en février avec la peur au ventre.
La salle de pause
Mardi 28 octobre 2025. 12h15. Salle de pause du dépôt. Table en Formica gris. Néons. Machine à café. Gérard mange son sandwich.
Sophie Carvalho, 44 ans, préparatrice de commandes, s'assoit en face. Elle sort de son sac à dos une paire de semelles orange et noires. Elle les pose sur la table entre son tupperware et sa bouteille d'eau.
Sophie les porte depuis mai. Ses pieds ont tenu tout l'été. Et elle les a déjà mises dans ses bottes d'hiver.
C'est cette phrase qui le fait commander. Pas les avis. Pas le prix. Le fait que Sophie ait anticipé l'hiver. Qu'elle soit déjà prête.
Le soir, dans la Clio, Gérard cherche sur son téléphone. Solvian. 4,8 étoiles sur plus de 2 000 avis. Il lit 3 avis. Tous des gens debout toute la journée. Ses gens.
Il commande le pack 2 paires à 49,99€. Une pour les chaussures de sécu, une pour les chaussures d'hiver du week-end. Avant le 1er novembre. Avant le premier vrai coup de froid.
Le premier lundi de novembre
Lundi 3 novembre 2025. 6h40. Vestiaire du dépôt. Il fait 5°C dehors. Le béton est froid. Il le restera toute la journée.
Gérard retire les semelles d'origine de ses chaussures de sécurité. Il les remplace par les Solvian. Il les a découpées le long de la ligne prévue. Elles rentrent pile.
Premier pas sur le béton. Sensation immédiate : l'impact est plus sourd. Pas de miracle. Pas de révélation. Juste un pas qui tape moins.
14h : la brûlure est là, mais plus basse. De 7/10 à 5/10. L'année dernière à la même date, c'était 8.
17h. Parking. Clio. Il s'assoit. Et il démarre. Pas 8 minutes. Pas 5 minutes. Il démarre. Son pied ne brûle pas assez pour l'en empêcher.
Il ne dit rien à Karine. Trop tôt. Effet placebo possible. Il connaît ça. Il a cru au podologue aussi.
Le doute
Mardi : la douleur revient un peu plus forte. Mercredi : pareil. Gérard se dit que lundi était un bon jour, c'est tout.
Mercredi soir, il pense les retirer. Il ne le fait pas. Pas par conviction. Par flemme d'aller chercher les anciennes dans le placard.
Jeudi. Vendredi.
Vendredi, 17h. Portail métallique. Parking. 3°C. Gérard marche vers la Clio. Il est à 10 mètres quand il réalise un truc. Il n'a pas compté ses pas. Depuis le quai jusqu'au parking, il n'a pas pensé à son pied gauche. Pas une seule fois.
Il s'arrête au milieu du parking. Il bouge son pied. Gauche, droite. La brûlure est là, quelque part, très basse. Comme un bruit de fond dans une pièce où on n'entend plus la climatisation.
Il monte dans la Clio. Il démarre immédiatement.
Pourquoi ça marche (et pourquoi le podologue a échoué)
Gérard veut comprendre. Pas un mystique. Un cariste. Il veut savoir pourquoi un truc à 35€ fait ce que 350€ n'ont pas réussi.
Le principe tient en une phrase : au lieu de concentrer chaque impact sur le talon, 3 cm², la semelle le répartit sur 40% de surface en plus. Comme passer d'un clou à une paume de main.
Gérard pense à ses palettes. Quand il pose une palette de 500 kg sur un point, le béton fissure. Quand il la pose sur une surface large, le béton tient. C'est de la physique de cariste. Ses talons, c'est pareil.
Le podologue a traité la forme du pied. Le soutien de voûte. Mais la forme n'est pas le problème. Le problème, c'est l'énergie de l'impact. Et en hiver, cette énergie est démultipliée : le béton est plus dur, les chaussures sont plus rigides, et le fascia est raide comme un câble gelé.
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Semaine du 17 novembre. Première vague sérieuse. -2°C le matin. Le béton du dépôt est à 4°C. Gérard s'attend à ce que les semelles lâchent. Le froid a toujours gagné.
Lundi : douleur plus haute. 4/10 au lieu de 2. Il se dit "c'est fini, le froid est trop fort."
Mardi : pareil.
Mercredi : -3°C. Et la douleur est à 3/10. Pas à 8. Pas à 9. Le froid est pire, la douleur est meilleure.
Les semelles ne suppriment pas le froid. Le béton reste gelé. Mais elles absorbent le surcroît d'impact que le froid génère. Le fascia est raide, mais le marteau frappe une paume au lieu d'un clou.
Le marché de Noël
Samedi 15 décembre 2025. Marché de Noël de Villeneuve-Saint-Georges. 3°C. Pavés. Guirlandes. Stands de vin chaud.
L'année dernière, Gérard avait refusé d'y aller. Karine y était allée avec sa sœur. Il était resté dans le canapé avec le coussin chauffant. Cette année, c'est lui qui propose.
3 heures. Debout. Pavés froids. 2 verres de vin chaud. Karine achète des bougies et des marrons grillés. Gérard porte les sacs. Il ne s'assoit pas. Il ne boite pas.
Karine ne dit rien sur ses pieds. Parce qu'il n'y a rien à dire. Et c'est exactement ça la victoire.
Le 15 janvier
La date. Celle de l'arrêt maladie de l'année dernière. Celle où son talon l'avait lâché sur le quai.
Gérard arrive au dépôt à 6h30. Béton gelé. -1°C. Les mêmes chaussures de sécu. Le même quai.
17h. Il sort. Il marche jusqu'à la Clio. Il démarre. Pas de rituel. Pas de douleur. Pas d'arrêt maladie.
Ce soir-là, il ne dit rien à Karine. Parce qu'il n'y a rien à signaler. C'était un jour normal. Le premier 15 janvier normal depuis 2 ans.
| Hiver 2024-2025 | Hiver 2025-2026 | |
|---|---|---|
| Premier matin froid | Lame 8/10 | Gêne 2-3/10 |
| Douleur à 14h | 7-8/10, boite | 2-3/10, normal |
| Rituel Clio le soir | 5-8 min chaque soir | Supprimé |
| Arrêt maladie | 3 semaines | Zéro jour |
| Marché de Noël | Refusé | 3h debout |
| Rando avec Julien | Impensable | Prévue en février |
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Une paire pour le travail. Une paire pour l'hiver.
Préparez vos pieds avant le froid →Ce que les autres solutions ne vous disent pas sur l'hiver
Le total des solutions qui n'ont pas marché : 350€ de podologue + 6 tubes de Voltarène (55€) + 2 paires de semelles pharmacie (30€) + consultations = plus de 500€.
Résultat : un arrêt maladie en janvier et un marché de Noël depuis le canapé.
Les Solvian : 49,99€ les 2 paires. Un hiver entier sans boiter.
Le barbecue de juillet
Juillet 2026. Gérard rallume le Weber. Le barbecue annuel. Les voisins sont là. 2 heures debout devant le gril. Merguez, côtelettes, brochettes.
Karine le regarde depuis la table du jardin. Elle ne dit rien. Elle sourit.
Gérard ne boite pas. Il ne s'assoit pas. 2 heures debout un jour de repos. Comme avant.
Julien sourit. Les deux savent. Et Gérard a une rando prévue avec son fils en février. La première en 3 ans.
Si vous ne faites rien cet hiver
La fasciite plantaire ne se stabilise pas. Sans amortissement correct, chaque pas aggrave les micro-déchirures. Ce qui est une brûlure à 58 ans devient une douleur invalidante à 62. Et le corps compense : les genoux absorbent ce que les pieds ne gèrent plus. Puis les hanches. Puis le dos.
L'hiver accélère tout. Le froid raidit le fascia, durcit le sol, rigidifie les chaussures. Les dégâts d'un hiver non protégé ne s'effacent pas au printemps. Ils s'accumulent.
L'hiver dernier, Gérard a tenu jusqu'au 15 janvier. L'hiver d'avant, il avait tenu jusqu'à février. La fenêtre se raccourcit chaque année.
La question n'est pas "est-ce que 49,99€ c'est beaucoup." La question, c'est "combien coûtent 6 hivers de douleur."
3 options
Gérard a choisi la troisième fin octobre. Le marché de Noël, il l'a fait debout. Le 15 janvier, il était au dépôt. Et le barbecue de juillet, il l'a rallumé.
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